MITROVICA, UNE VILLE DIVISÉE

30/03/2022

Capitale

Pristina

Langue

Albanais / Bosnien-Croate-Monténégrin-Serbe

Alphabet

Latin

Monnaie

Euro

Fuseau horaire

UTC+1/+2

Régime politique

République parlementaire

Religion

Islam sunnite / Christianisme orthodoxe

Ancien pays

Yougoslavie

Transports privilégiés

Cars, voiture

Capitale

Belgrade

Langue

Bosnien-Croate-Monténégrin-Serbe

Alphabet

Cyrillique

Monnaie

Dinar serbe

Fuseau horaire

UTC+1/+2

Régime politique

République parlementaire

Religion

Christianisme orthodoxe

Ancien pays

Yougoslavie

Transports privilégiés

Cars, trains, voiture

Le pont

De part et d'autre du pont, les grandes rues commerçantes Agim Hajrizi et Pierre Ier de Serbie ne laissaient pas deviner les tensions ethniques à Mitrovica.

Au nord, dans la partie serbe de la ville, le Noël orthodoxe serait célébré le 7 janvier. Il faisait froid, et je me hâtais dans un café  bondé. Je comprenais que le serveur ne prendrait pas les euros, monnaie officieuse du Kosovo, que je lui tendais. De ce côté du pont, on payait en dinars serbes.

Au sud : euros, alphabet latin et drapeaux albanais.
Au nord : dinars serbes, alphabet cyrilique et drapeaux serbes.
Une statue d'Adem Jashari au sud et du tsar Lazare de Serbie au nord.

Le pont de Mitrovica qui enjambait la rivière Ibar n'évoquait ni l'unité, ni le lien. Entre le nord et le sud de la ville, on ne retirait pas les mêmes devises et on ne parlait pas la même la langue.

Le Kosovo était indépendant depuis 2008 et peuplé à 90% d'Albanais. Mitrovica était située à 30km de la frontière serbe, et comptait une large minorité ethnique serbe. Ici, 80,000 Albanais vivaient au sud et 50,000 Serbes au nord.

Je traversais le pont devant les soldats de la KFOR*, les carabiniers italiens de l'ONU et les policiers kosovars qui le patrouillaient en permanence. J'imitais les passant.e.s qui marchaient sur les trottoirs, et pourtant la route était fermée depuis la guerre du Kosovo en 1999. Au nord, un barrage de béton dissuadait largement la traversée motorisée.

*Force pour le Kosovo, initiée par l'OTAN

C'était à l'issue de la guerre du Kosovo que la KFOR avait été créée. Sur le pont, la circulation avait été interrompue et un check point avait été établi afin de contrôler les flux de marchandises après la guerre. L'infrastructure devenait, dès lors, une frontière entre le nord de Mitrovica et le reste du Kosovo.

Le check point n'existait plus depuis longtemps, mais l'hypothèse de la réouverture du pont à la circulation ravive toujours aujourd'hui les tensions.

"Косово ето Сербия - Крим је Русија."

"Le Kosovo est la Serbie - La Crimée est la Russie."

Une ville de mineurs

Les mines de Trepča

(crédit. Erik Albers, Wikimedia Commons.)

Au Musée de la Ville de Mitrovica, au sud, la directrice Nora Prekazi me présentait une vaste collection minéralogique. Mitrovica était avant tout une ville de mineurs. Les mines de Trepča situées en péripherie de la municipalité, avaient constitué 70% des revenus miniers yougoslaves. Le complexe industriel était l'un des plus importants du pays.

Nora nuançait le sentiment de division que la disposition urbaine mettait en évidence. Les familles de mineurs qui s'étaient installées à Mitrovica venaient de tout le pays. L'attachement au sol était moins important que ce que l'Histoire laisserait penser.

Les tensions ethniques avaient été politisées plus tard, à la mort de Tito en 1980 et surtout à partir de 1990, sous l'impulsion du président nationaliste serbe Milošević.

Sur la Colline des Mineurs, au nord, un gigantesque spomenik dominait la ville, et me rappelait ma conversation avec Nora. Les spomeniks étaient des sculptures de béton qui exaltaient la résistance yougoslave face à l'Allemagne nazie. Par temps dégagé, celui-ci offrait une vue imprenable sur toute la ville.

En 1973, l'artiste Bogdan Bogdanović conçevait le wagon minier de béton. Je me rappelais de ma conversation avec Nora : Les deux pilliers, ensemble, représentaient l'unité des mineur albanais et serbes durant la guerre.

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