Créer de nouveaux imaginaires depuis les paysages abandonnés ou saturés par l'industrialisation.
28/03/2022

"Tenant la pioche d'une main et le fusil de l'autre, nous mettons en pratique les décisions historiques du PPSH [Parti du Travail d'Albanie]."
La maxime était encore imprimée en gros caractères rouges sur toute la largeur du mur. Dans la gare abandonnée, l'ancien hangar de maintenance des trains était pourtant en ruines.
Enver Hoxha avait instauré et dirigé un régime communiste dictatorial de l'Albanie entre 1944 et 1985. Jusqu'en 1991, le pays ne comptait pas plus de 7000 voitures. La propriété privée, y compris celle d'une voiture, était illégale. A l'inverse, le réseau ferrovaire avait quant à lui été densifié pour les passagers et, surtout, pour le transport de marchandises et les déplacements militaires.
Pendant le communisme, Elbasan était devenue un centre industriel et ferroviaire, distribuant les ressources minières dans tout le pays et assurant la maintenance des trains.
De la fierté ouvrière vantée sur le mur, il ne restait pourtant plus grand chose. Les chemins de fer et la gare d'Elbasan témoignaient, aujourd'hui, autant des mutations du pays pendant le communisme que du déclin industriel qui lui a succédé.



A l'extérieur, les rails et les plateformes se devinaient entre les mauvaises herbes et les déchets. Les trains à quai n'attendaient plus de voyageurs.
Ils étaient pour la plupart scellés à l'exception d'un, dont les compartiments me rappelaient de longs voyages de nuit.






Les lignes de fuite formées par les rames et une vieille locomotive tchécoslovaque colorée donnaient à la gare une puissance visuelle inédite, bien loin de la lourdeur de l'atmosphère qui pesait sur le lieu.
Certaines rames étaient plus récentes et portaient des inscriptions en allemand. Comme ailleurs dans les Balkans, l'Albanie s'était tournée vers les trains de seconde main à partir des années 1990.




A la mort d'Hoxha, la privatisation de l'économie albanaise avait favorisé le marché automobile et accéléré l'abandon du réseau ferroviaire. Symboliquement, ce nouveau moyen de transport marquait aussi la fin de la violence du régime d'Hoxha.
Aujourd'hui, la modernisation du rail albanais est à nouveau envisagée, cette fois-ci pour répondre aux problèmes de pollution auxquels le pays fait face.
Je rentrais à l'hostel en suivant les rails. Il y avait d'autres marcheurs. Le long de la SH3, la route nationale, le chemin ferré avait des allures désolées.









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