Créer de nouveaux imaginaires depuis les paysages abandonnés ou saturés par l'industrialisation.
26/05/2023

A Sarajevo, sous un tunnel de la rue Tekija-Čikma, il y avait ce graffiti.
Comme bien d'autres dans le pays, il racontait le génocide.
C'était celui qui m'avait le plus marqué.
En juillet 1995, 8372 musulmans sont tués à Srebrenica par l'armée serbe de Bosnie-Herzégovine.
La guerre fait suite au souhait d'indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie de la majorité des non-Serbes du pays, principalement musulmans et Croates.
En Bosnie-Herzégovine, la guerre s'est terminée en 1995. Elle est encore présente partout : dans les récits individuels, dans les musées, dans les impacts de balles sur les murs.

Après la mort de Tito en 1980, le pouvoir centralisateur yougoslave s'affaiblit et pose la question de la formation d'Etats indépendants. Ces débats suscitent l'émergence de discours nationalistes, notamment serbes, car la Serbie a un statut central dans le pouvoir yougoslave.
Les Jeux Olympiques d'hiver de Sarajevo de 1984 sont souvent mis en miroir avec le génocide. Les images télévisées d'un peuple yougoslave uni serait en rupture radicale avec celles de la guerre, moins de dix ans plus tard.
Le graffiti sous le tunnel représentait trois tireurs cherchant à abattre deux personnages en fuite. Les personnages étaient représentés selon les codes graphiques des Jeux Olympiques. Ils pouvaient donc aussi représenter des disciplines de tir et de course. La représentation du génocide se mêlait, de manière déconcertante, à celle de jeux sportifs qui exaltent les exploits humains.

Des tickets des Jeux Olympiques et leurs pictogrammes, au Musée des Jeux Olympiques
L'arrière-plan était du même vert que celui de la fleur qui, aujourd'hui, symbolise le génocide. Cette couleur peut également évoquer le vert de l'islam, de l'armée, ou des maquis qui ont été le théâtre des exécutions.

La fleur de Srebrenica à Sarajevo
La représentation minimaliste des anneaux olympiques évoquait, pour quiconque aurait passé du temps à Sarajevo, des barbelés. L'iconographie de ces derniers est présente dans de nombreuses œuvres traitant de la guerre. Elle me rappelait un ensemble d'affiches créées par le collectif d'artistes bosniens TRIO (formé par Lejla Mulabegovic, Dalida et Bojan Hadžihalilović) dans la Galerija 11/07/95, l'un des musées dédié à la mémoire de Srebrenica. Elle me rappelait aussi la couverture du Time de 1992, premier magazine à avoir documenté les camps de concentration dès le début de la guerre.




Des œuvres de TRIO

La couverture du Time en 1992
Le sort de certaines infrastructures olympiques était d'ailleurs devenu funèbre. Au mont Igman, le podium du saut à ski avait été converti en mur d'exécution. Une rénovation récente avait permis de lui rendre son humanité. Les tremplins étaient, quant à eux, toujours marqués par les balles et les obus.

En 2020, le podium rénové du saut à ski

Le podium de saut à ski avant la rénovation


Articles similaires
Le panneau destiné aux athlètes et à la presse, dans l'ancien village olympique, semblait encore... Lire plus