Créer de nouveaux imaginaires depuis les paysages abandonnés ou saturés par l'industrialisation.
20/03/2022

Le panneau destiné aux athlètes et à la presse, dans l'ancien village olympique, semblait encore s'adresser aux passants. Le loup Vučko et le flocon orange, mascotte et symbole de ces Jeux Olympiques d'hiver de 1984, se dressaient toujours aux détours de certaines rues, comme si l'atmosphère des Jeux avait résisté au temps et à la guerre. Toutes les infrastructures olympiques, situées plus ou moins proche de la ligne de front, avaient été transformées par la guerre.
Je reconnaissais les lieux que j'avais visités :
Des grandes tours colorées et uniformes dessinaient des formes géométriques imposantes dans le ciel. Plusieurs ami.e.s y habitaient. Azra m'expliquait que tout ici avait été converti en logements après les Jeux. Ses parents, comme beaucoup de locaux, avaient ensuite bénéficié d'un logement dont ils étaient devenus propriétaires, pour une très faible somme, après l'effondrement de la Yougoslavie.
A Dobrinja, comme partout dans Sarajevo, les murs et les sols sont impactés par les obus et les balles. Azra me montrait, près d'une place, un gigantesque bunker aujourd'hui fermé. Dans certains jardins, les puits discrets étaient le seul accès à l'eau.
Dans la capitale, les gens parlaient de l'ancienne piste de bobsleigh de la montagne Trebević avec affection. La structure de béton qui serpentait entre les sapins était devenue une attraction populaire. J'étais touché par l'intérêt que suscitait ce patrimoine abandonné.
Après la guerre, des opérations de déminage l'avaient rendu accessible. Des bâtiments tristement délabrés ponctuaient encore son tracé.
Les tremplins du mont Igman semblaient perdu au cœur des montagnes des Alpes dinariques. Il y avait, ici, avec les premières neiges, une ambiance de bout du monde.
De 1992 à 1996, le podium avait fait office de mur d'exécution. Repeint, il s'agissait, à cet endroit, de la seule installation ayant fait l'objet de rénovation.
Tous les hôtels destinés à accueillir les spectateurs internationaux étaient en ruines ou brûlés. Nous les devinions entre les arbres depuis la route, dans les sinuosités des montagnes.
L'hôtel Igman était le plus connu. Nous y trouvions une brique de lait périmée en 1994, durant la guerre.
Aujourd'hui, le complexe sportif de Zetra était une infrastructure sportive moderne. Un petit musée olympique présentait une collection riche, et je reconnaissais un ticket pour l'épreuve de patinage de vitesse qui s'y était déroulé. Sur le toit, une patinoire couverte remplaçait l'ancienne piste.
Pendant la guerre, des cercueils avaient été fabriqués à partir des sièges de bois. Aujourd'hui, le complexe est toujours situé au milieu de cimetières, mais certains d'entre eux ont été déplacés pour construire des terrains de football.
La deuxième piste de hockey, après celle de Zetra, était construite selon une imposante esthétique brutaliste. Dans le quartier central de Skenderija, elle était immanquable. Elle est abandonnée depuis l'effondrement de son toit en 2012.
A l'extérieur, une sculpture me rappelait celle du parc Vraca dans les hauteurs de la capitale. L'artiste yougoslave Alija Kučukalič était bien l'auteur des deux sculptures. Les femmes aux bras ouverts représentaient la résilience et résistence des Bosnien.ne.s aux lendemains, cette fois, de la Seconde guerre mondiale.

La sculpture de Kučukalič au parc Vraca
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